Hors nomenclature kiné : le guide complet pour facturer en tarif libre
Une séance conventionnée à 16,13 €, des journées de dix à douze heures, et un plafond de revenus qu'aucune heure de travail supplémentaire ne peut plus repousser : si vous êtes kinésithérapeute libéral, ce constat n'a rien de théorique. Le hors nomenclature — ces prestations à tarif libre payées directement par le client — est la réponse la plus concrète à cette équation. Voici comment ça fonctionne, ce que dit le cadre, quels tarifs se pratiquent et comment démarrer proprement.
Le hors nomenclature, c'est quoi ?
Un acte « hors nomenclature » (HN) est une prestation qui ne figure pas dans la nomenclature des actes remboursés par l'assurance maladie. Elle n'est ni prescrite, ni prise en charge : le client la paie de sa poche, et c'est le praticien qui en fixe librement le prix.
Pour un kinésithérapeute, le hors nomenclature recouvre typiquement la prévention, l'accompagnement bien-être, les bilans approfondis non prescrits, les cours collectifs d'exercices, l'ergonomie en entreprise ou encore le suivi à distance. Autrement dit : des prestations qui mobilisent vos compétences existantes, mais en dehors du parcours de soins remboursé.
Le point essentiel à comprendre : le hors nomenclature ne remplace pas votre activité conventionnée. La plupart des kinés qui s'y mettent adoptent un exercice hybride — quelques créneaux HN par semaine, le reste en conventionné. C'est une diversification progressive, pas un saut dans le vide.
Est-ce légal en étant conventionné ?
Oui, dans un cadre précis. Un kinésithérapeute conventionné peut proposer des prestations hors nomenclature, à condition de respecter quelques règles structurantes :
La séparation claire des deux activités. Une prestation HN n'est pas un soin remboursable : pas de feuille de soins, pas de facturation à l'assurance maladie, pas d'ambiguïté dans la présentation.
L'information du patient. Avant toute prestation HN, le client doit être informé de sa nature, de son tarif et de son absence de remboursement — idéalement par écrit ou par un affichage clair, avec devis pour les forfaits.
L'affichage des tarifs. Les tarifs libres doivent être visibles, au même titre que les tarifs conventionnés.
Le respect du champ de compétences et des règles de communication professionnelle : informer factuellement, oui ; promettre des résultats, non.
Deux validations valent la peine avant de se lancer : un appel à votre conseil départemental de l'ordre pour présenter votre projet en deux phrases, et un point avec votre expert-comptable — notamment sur la TVA, car les prestations hors du champ du soin peuvent y être soumises au-delà de la franchise en base, contrairement à vos actes de soins exonérés. Ces deux conversations prennent une demi-heure au total et transforment les inquiétudes diffuses en réponses concrètes.
Quelles prestations proposer ?
Les offres qui fonctionnent se regroupent en sept grandes familles :
La séance longue premium — 60 minutes en individuel, centrées sur un objectif que la nomenclature couvre mal (bilan global, prévention des récidives, reprise d'activité). La voie la plus simple : aucun investissement, elle s'insère dans vos murs et votre planning actuels.
Les cours collectifs thérapeutiques — cycles de six à huit semaines en petit groupe (dos, équilibre seniors, post-partum). L'effet de levier du collectif : chaque participant paie moins, l'heure rapporte plusieurs fois plus.
La prévention et l'ergonomie en entreprise — ateliers TMS, études de poste. Le payeur est une entreprise avec un budget prévention : c'est le tarif horaire le plus élevé.
Le suivi hybride à distance — programme personnalisé et points réguliers en visio, sous forme d'abonnement mensuel. Revenu récurrent et corps préservé.
Les ateliers santé grand public — interventions ponctuelles payées par des mairies, associations, mutuelles. Flexible et excellent pour la visibilité locale.
L'offre spécialisée en forfait — un parcours à objectif (retour au sport, périnatalité) vendu en forfait de plusieurs semaines plutôt qu'à la séance.
La formation et la transmission — former des confrères ou d'autres professionnels du soin. La voie qui use le moins le corps.
Quels tarifs pratiquer ?
Les fourchettes constatées en France varient selon la zone et l'expérience : une séance longue individuelle se situe généralement entre 55 et 90 €, un cycle collectif entre 80 et 150 € par participant, une demi-journée en entreprise entre 400 et 800 €, un suivi à distance entre 49 et 79 € par mois, un forfait spécialisé de plusieurs semaines entre 450 et 700 €.
Le calcul qui remet les idées en place : une matinée de quatre heures en conventionné représente douze à quinze séances à 16,13 €, soit 195 à 240 € bruts, en enchaînant les patients sans une minute de pause. La même matinée avec quatre accompagnements HN à 70 € : 280 €, pour quatre personnes suivies en profondeur. Plus de revenu, moins de volume, un rythme humain — c'est précisément pour cela que l'exercice hybride séduit une profession dont 34 % des libéraux présentent des signes d'épuisement professionnel. Pour comprendre d'où vient ce plafond, voyez notre calcul détaillé du revenu réel d'un kiné libéral.
« Mes patients ne paieront jamais »
C'est l'objection la plus fréquente, et elle repose sur un malentendu : une offre HN ne s'adresse pas à toute votre patientèle. Elle s'adresse aux 10 à 20 % qui demandent déjà plus — plus de temps, du suivi, de la prévention — et qui dépensent sans hésiter pour un ostéopathe, un coach sportif ou un abonnement de salle. Quatre à huit clients réguliers suffisent à transformer la structure d'une semaine. Le travail consiste à identifier ces personnes et à les informer, pas à convaincre tout le monde.
Démarrer sans risquer son activité
La méthode qui fonctionne tient en quatre étapes : choisir une seule offre (celle qui s'appuie sur vos acquis et pour laquelle vous pouvez déjà nommer trois clients probables), fixer un prix ferme calculé à rebours de votre objectif de revenu, verrouiller le cadre (information patient, ordre, comptable, assurance), puis annoncer l'offre en fin de séance aux patients qui ont déjà exprimé le besoin. Le tout se met en place en une trentaine de jours, à raison de trente minutes d'action quotidienne — sans toucher au reste de votre activité.
Pour aller plus loin
Nous avons rassemblé les 7 familles d'offres hors nomenclature — avec un exemple chiffré et un premier pas concret pour chacune — dans un guide gratuit d'une vingtaine de pages, pensé pour les kinés libéraux.
Questions fréquentes
Un kiné conventionné peut-il vraiment fixer ses prix librement ?
Sur les prestations hors nomenclature, oui : le tarif est libre, payé directement par le client, sans intervention de l'assurance maladie. Sur les actes conventionnés, en revanche, les tarifs restent fixés par la convention. C'est la coexistence des deux qui définit l'exercice hybride.
Faut-il créer une structure séparée pour facturer du hors nomenclature ?
Pas nécessairement pour démarrer : beaucoup de kinés facturent leurs prestations HN dans le cadre de leur activité libérale existante, avec une comptabilité qui distingue clairement les deux flux de recettes. La bonne structure dépend ensuite du volume et de la nature des prestations — c'est une question à poser à votre expert-comptable dès le premier rendez-vous.
Le hors nomenclature est-il soumis à la TVA ?
Vos actes de soins sont exonérés de TVA, mais les prestations hors du champ du soin (prévention, bien-être, formation, interventions en entreprise) peuvent y être soumises au-delà du seuil de franchise en base. La règle pratique : suivre le chiffre d'affaires HN séparément dès le premier euro et faire le point avec votre comptable.
Combien de temps faut-il pour lancer une première offre ?
Avec une méthode structurée, une trentaine de jours suffisent pour passer de l'idée à la première facture : une semaine pour choisir l'offre et le prix, une semaine pour sécuriser le cadre, une semaine pour l'annoncer, une semaine pour réaliser les premières prestations. L'erreur classique est l'inverse : des mois de préparation (logo, site, plaquette) sans jamais faire d'annonce.
Le hors nomenclature n'est ni une zone grise ni une trahison du soin : c'est la reconnaissance que vos compétences valent plus que le tarif conventionné, et qu'il existe un chemin progressif et carré pour le prouver. La seule vraie question est celle du premier pas.
